Aux origines néerlandaises des vélos fleuris

Selon les dernières statistiques, on compte 1,3 vélo par habitant aux Pays-Bas. Les Néerlandais parcourent au total 15 milliards de kilomètres par an sur environ 35 000 kilomètres de pistes cyclables. « La plupart des gens » pensent que les Néerlandais ont toujours roulé à vélo. Mais l’histoire du vélo aux Pays-Bas est bien plus compliquée qu’il n’y paraît. Dans les années 60, les Néerlandais se déplaçaient comme tous les habitants des pays industrialisés : en voiture.

Puis sont venues les élections municipales de 1965 à Amsterdam. Le politicien du mouvement contestataire Provo, Luud Schimmelpennink, a remporté un siège au Conseil municipal. Ingénieur de formation, il souhaitait réduire le nombre de voitures en ville et introduire des alternatives plus écologiques et moins dangereuses pour les usagers vulnérables.  Peu de temps après son élection, Luud Schimmelpennink proposait le «Plan Vélo blanc», où la ville mettrait à disposition de tous, 22 000 vélos blancs dans les ruesQuiconque souhaitant se déplacer pouvait utiliser l’un de ces vélos gratuitement. Ce projet visait également à bannir les voitures du centre-ville et à accroître la fréquence des transports en commun.

Ce projet a été rejeté par le Conseil municipal. Les Provos n’ont pas abandonné : en juillet 1965, ils ont peint plusieurs dizaines de vélos en blanc et les ont laissés en libre-service dans les rues. La police les a saisis immédiatement car la loi impose que les vélos parqués sur la voie publique soient attachés. Les Provos ont riposté en volant plusieurs vélos de la police. Lorsque celle-ci leur a restitué les vélos blancs, les Provos les ont équipés de cadenas à combinaison en peignant le code sur le cadre. En 1970, la culture automobile était aussi dominante aux Pays-Bas qu’elle ne l’était en Allemagne ou en France. Le «Plan Vélo blanc» est tombé à l’eau en quelques semaines : tous les vélos avaient été volés ou jetés dans le canal.

Les villes néerlandaises n’ont pas été conçues pour les voitures. Elles ont principalement été aménagées au XVIIe siècle, époque où le transport des personnes et des marchandises s’effectuait par bateau. Les rues étroites étaient donc constamment encombrées par les voitures, tandis que les trottoirs faisaient office de places de stationnement. La solution du gouvernement a été d’élargir les routes en démolissant des maisons et en créant des parkings sur les places des villes.

Dans les années 70, le nombre de morts sur les routes néerlandaises était très élevé.

En 1971, le trafic a fait 3 300 morts, dont 400 enfants de moins de 14 ans. La population en colère a fini par descendre dans les rues. Les manifestants ont bloqué le trafic en s’allongeant sur les routes, peint des symboles de bicyclettes là où ils souhaitaient un aménagement de pistes cyclables et brandi des banderoles «Stop de Kindermoord» (Arrêtez les meurtres d’enfants).  La crise pétrolière de 1973 a incité les autorités à se pencher sur la question. Dans l’optique d’économiser du carburant, le gouvernement a commencé à instaurer des dimanches sans voitures. Ceux-ci ont permis aux habitants de découvrir une nouvelle facette de leur ville.

En 1975, le pétrole coulait de nouveau à flots, mais les habitants ont continué à remettre la culture automobile en question. De plus en plus de personnes ont adopté le vélo dans ces villes, amenant le gouvernement à mettre en place une politique nationale.  Par conséquent, le nombre d’enfants tués sur les routes néerlandaises n’a cessé de chuter au fil des ans, passant de 400 en 1971 à seulement 14 en 2010.

La révolution cycliste était lancée. Le fiasco des « Vélos blancs » et son concept de mobilité durable a marqué un tournant dans l’histoire de la mobilité aux Pays-Bas.

Cet article signé Derek Blyth a été traduit pas Laurène Bourguignon, Lise Bouyer, Costin Tissinier, Camille Delaunoy, Léa Vernhes et Lola Broussy dans le cadre du cours de traduction donné par la professeure Brunehilde Ammann à Ugent.